“Observer un jeune devenu dépendant à la nicotine avec la cigarette électronique, c’est désespérant” : le vapotage progresse chez les plus jeunes
Fonte: france3-regions.franceinfo.fr | Data: 30/04/2026 07:47:06
La part des expérimentateurs de cigarette électronique qui n’ont jamais fumé de tabac est de plus en plus élevée parmi les moins de 18 ans, révèle une enquête de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives rendue publique le 29 avril 2026. Certains e-liquides peuvent engendrer des effets graves sur la santé, comme le déplorent des soignants du CHU de Toulouse.
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“Quand j’étais au lycée, c’est l’effet de groupe qui m’a donné envie d’essayer : un copain qui vapotait m’a prêté la sienne. Aujourd’hui, j’utilise ma cigarette électronique au quotidien, que ce soit en journée ou en soirée”, témoigne Léo, un jeune Toulousain de 22 ans.
Si le tabagisme classique a tendance à diminuer, l’expérimentation de la cigarette électronique parmi les lycéens a au contraire progressé sur les dix dernières années, comme le souligne une enquête de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (Ofdt) rendue publique ce 29 avril 2026. Comme Léo, de plus en plus de jeunes s’y sont essayés : ils étaient 35,1% de lycéens à l’avoir déjà expérimenté en 2014, contre 46% en 2024.
Une part de ces jeunes deviendra consommateur quotidien, avec des proportions divergentes selon la filière d’enseignement : 11,1% des élèves de lycées professionnels étaient des vapoteurs quotidiens en 2024, contre 5,3% dans les lycées généraux et technologiques. La vente de cigarette électronique est pourtant interdite aux mineurs en France, d’après le Code de santé publique. Par ailleurs, selon Santé publique France, en 2024, 6,5 % des personnes âgées de 18 à 79 ans déclarent vapoter quotidiennement. Depuis 2016, le nombre de vapoteurs a doublé dans l’Hexagone.
Pour attirer les jeunes vers la cigarette électronique, les fabricants ont mis en place de juteuses stratégies marketing, en commercialisant des cigarettes électroniques jetables, surnommées “puffs“, à partir de 2021. “J’ai vu beaucoup de personnes ayant testé pour la première fois via ces cigarettes électroniques jetables. Le packaging est attrayant, les goûts aussi”, confirme Léo.
En 2024, 16,6 % des collégiens et 39,4 % des lycéens avaient déjà expérimenté une “puff”, soit respectivement 87,5 % et 85,5 % des expérimentateurs de cigarettes électroniques, note l’enquête publiée ce mercredi par l’Ofdt. Depuis février 2025, ces cigarettes électroniques jetables sont néanmoins interdites à la vente en France.
Contrairement à certains fumeurs utilisant la cigarette électronique pour essayer de se sevrer de l’usage du tabac classique, de nombreux jeunes vapotent sans jamais avoir été consommateurs de cigarettes classiques. “Pour moi ce n’est pas un substitut, je n’ai pas fumé de cigarettes classiques, je n’utilise que la cigarette électronique”, confirme Léo.
“La part des expérimentateurs de cigarette électronique qui n’ont jamais fumé de tabac est de plus en plus élevée”, pointe l’enquête de l’Ofdt.
Cela n’a pas empêché Léo de s’habituer à la nicotine. “J’ai déjà utilisé des recharges contenant ou non de la nicotine, mais sans, je ne vois pas l’intérêt car quand je vapote cela ne me fait pas le même effet dans la gorge”, précise-t-il.
Un constat qui afflige, au sein du Centre d’évaluation et d’informations sur la pharmacodépendance (CEIP) et d’addictovigilance en Occitanie Ouest, situé au sein du CHU de Toulouse. “Observer qu’un jeune est devenu dépendant à la nicotine par le biais de la cigarette électronique c’est désespérant”, confie Maryse Lapeyre-Mestre, médecin pharmacologue et directrice de ce centre depuis 2003.
“Chez ces sujets jeunes, il survient tout ce que l’on voudrait éviter qu’il survienne”, ajoute-t-elle. Elle souligne que chez les patients fumeurs chroniques adultes, la cigarette électronique a montré son efficacité pour essayer de décrocher du tabac, mais chez les adolescents qui n’en ont pas encore consommé, il est déplorable qu’il se retrouve dépendant à un geste de vapotage. Pour elle,” c’est contre intuitif”.
Au-delà de la dépendance à la nicotine, c’est aussi la composition des consommables (e-liquides) destinés à ces cigarettes électroniques qui pose question. “C’est une déferlante de produits. On constate que de plus en plus de recharges qui sont vendues comme contenant du cannabidiol pur (c’est-à-dire le CBD, substance présente naturellement dans le cannabis, ndlr), mais qui contiennent en fait des cannabinoïdes de synthèse“, explique Maryse Lapeyre-Mestre. La présence de ces cannabinoïdes de synthèse peut conduire à des concentrations de molécules très élevées avec des conséquences délétères pour la santé des consommateurs, sur lesquelles l’ANSM alertait en 2025.
“Ces substances peuvent engendrer des effets psychiques beaucoup plus marqués et avoir des effets cardiovasculaires dramatiques”, met en garde la médecin. Avant d’alerter : “Au CHU de Toulouse, nous avons régulièrement à prendre en charge des patients suite à la consommation de ces produits. Actuellement par exemple, un jeune homme de 18 ans qui a fait un épisode de détresse respiratoire est hospitalisé dans nos services. Il n’est pas en état de nous dire ce qu’il a consommé précisément. Souvent, les patients ignorent la composition exacte des produits. Ce type de cas donne lieu à des hospitalisations pouvant durer plusieurs semaines et engendrer des séquelles sur le plan respiratoire ou cardiovasculaire”.
Les recharges de consommables pour cigarettes électroniques sont fabriquées à l’étranger la plupart du temps, en Inde, en Chine ou en Europe de l’Est notamment. La composition affichée sur les recharges tient du déclaratif, mais il n’y a pas de contrôle systématique de la composition exacte en amont de la mise sur le marché.
En 2025, l’ARS Occitanie avait alerté sur des recharges à la composition douteuse, que certains adolescents vapotent, après plusieurs hospitalisations.